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Poison Control, explosez les désillusions

Contre les désillusions, rien ne vaut un peu d’action. Et ce ne sont pas les développeurs de chez Nippon Ichi Software qui vont me contredire. Après avoir dévoré le jeu ces derniers jours, c’est à moi qu’il revient de vous parler de Poison Control et du voyage à travers les enfers qu’il vous propose.

Nous ne nous retrouvons pas pour faire le point sur un remake de Dante’s Inferno. Poison Control serait plutôt la version Duke Nukem d’un psychiatre qui ferait le tour du Japon. Et d’ailleurs, pour éviter toute polémique, ce psy aurait choisi de ne traiter que les cas féminins. Preuve s’il en fallait, qu’être une femme au Japon n’est vraiment pas idyllique.

Bref, Poison Control est sorti dans notre contrée le 16 avril 2021 sur Playstation 4 et Nintendo Switch grâce aux équipes de KochMedia. Équipes que je remercie de nous permettre d’accéder à ce genre de titres hors des sentiers battus et trop invisibles pour disposer d’une version Française.
Oui, Poison Control est en anglais. Et même parfois, volontairement phonétique pour donner un effet ancien et campagnard.

J’ai fait le choix de tester la version Nintendo Switch pour deux raisons. Parce que je voulais une version portable car je me doutais que je n’arriverai pas à décrocher. Et parce que je voulais savoir si cette plateforme réussirait à tenir le coup pour un jeu de tir à priori simple graphiquement.

Partageons notre corps pour nous réincarner

Dans Poison Control, vous incarnez un garçon ou une fille qui vient de mourir. Alors que vous espériez trouver le repos éternel, vous voici propulsé en plein enfer kawaii. Profitant de votre incompréhension, un Kleshas tente de détruire votre corps fragile. Heureusement (oui et non), une autre âme prend possession de votre corps et vous offre sa force pour combattre ce monstre.

Cette âme qui ne comprend pas mieux que vous la situation et qui elle est, s’avère être votre seule solution pour sortir de l’enfer et obtenir la rédemption. Elle porte le nom de Poisonette, qui est le nom de son espèce. Elle est en réalité une créature qui se rassasie du poison qui a fait naître les enfers que vous allez traverser.

Poison Control : une définition nouvelle et réaliste de l’enfer

Les équipes de Nippon Ichi Software offrent dans leur titre une nouvelle vision de l’enfer qui semble bien plus réaliste que celle de Dante. L’enfer est un lieu alimenté par le poison que les êtres humains développent dans leur esprit et dans leur cœur. Vous voyez cette part sombre qui vous ronge lorsque vous êtes soumis à la jalousie, les abus et les incompréhensions.

Cette sensation qu’une masse gluante bloque notre corps, et nous plonge dans un état végétatif et dépressif, est la source des enfers. Ce lieu dans lequel nous nous enfermons et qui doit être purifié pour que notre âme soit libérée avant que la situation ne devienne tragique, ou qu’elle surgisse sur d’autres lorsqu’il est déjà trop tard.

Ce poison gluant est ce qui recouvre le sol des enfers et permet aux Kleshas de prendre forme. Qu’il s’agisse d’êtres aux formes humaines ou de montres terrestres, volants ou aquatiques.

Des enfers en tout temps et à tout âge

Bien que le jeu débute avec l’exploration des différents abus auxquels les enfants et adolescents peuvent faire face, Poison Control explore tous types de traumatismes.

On retrouve les amours déçus de la jeunesse. Les amours impossibles comme ceux des élèves pour leurs professeurs. Les trahisons familiales, entre frères et sœurs, ou d’autres membres de la famille. Les abandons et épuisements psychologiques pouvant mener au crime ou au suicide.

La dépendance à l’autre mais aussi à des des drogues aussi simples que les sucreries. Même les rituels et les sacrifices humains au nom des anciennes croyances ou légendes urbaines sont abordés.

Le thème étant toujours la vie en société et son impact sur le développement de la pensée de chacun. La création du soi en tant qu’être humain et en tant que membre d’une société dont on subit la pression quelle que soit l’époque.

poisonette poison control

Un jeu Splatoonesque

L’univers coloré du jeu peut donner l’impression d’un jeu « enfantin ». Surtout si on y ajoute les deux protagonistes que sont Midori et Kikiri, les présentatrices de Higan Radio, la radio des enfers.

Comme dans Splatoon avec Coralie et Perle, les présentatrices du show télé, les deux PNJ présentent une émission radio dont les Fan Mail sont les introductions aux histoires des enfers que vous allez traverser. Et leur blagues ou remarques cyniques donnent un sens festif pour les sujets qui sont abordés.

Si on décide de ne pas s’attarder sur le sens des différents enfers, et qu’on ne retient que le côté kawaii avec les couleurs vives des décors et des Kleshas, on pourrait vraiment croire à une fusion de Splatoon avec un coté sombre à la Nier : Automata. Perturbant et intéressant.

Poison Control, un concurrent à Nier : Automata

Vous allez dire que j’y vais un peu fort en annonçant un jeu top niveau. Sachez que nous n’en sommes pas vraiment loin. Même si on pourrait parler d’une version arcade de Nier : Automata, il ne manque pas grand-chose à Poison Control pour atteindre le haut du classement.

Il s’agit d’un jeu de tir à la troisième personne dans lequel vous traversez des labyrinthes afin de détruire les Kleshas et de purifier le sol du poison qui souille une âme en peine.

Abattre des Kleshas aura pour effet de vous fournir de la monnaie pour renforcer vos armes et de l’expérience pour augmenter votre résistance et votre vie. Classique pour un RPG.

Ce qui l’est moins, c’est que les âmes que vous sauvez deviendront de nouvelles armes ou équipements. Et elles vous permettront de combattre les différents types de Kleshas. Mais pour cela, il faudra retrouver trois badges dispersés dans leur enfer. Et pour les obtenir, vous devez purger intégralement les enfers et abattre tous les Kleshas. Et c’est en renforçant ces âmes que vous débloquez des compétences passives pour votre personnage.

On peut facilement se retrouver à « farmer » les enfers pour augmenter son niveau ou réussir à obtenir de nouvelles compétences. Même si en réalité, ce n’est pas nécessaire selon votre style de jeu.

Des sujets écrits à l’encre de sang

Les premiers chapitres dédiés aux problèmes d’adolescents paraissent « simples ». Mais il faut y voir la réalité que vivent beaucoup de jeunes japonais. Malheureusement, la jeunesse dorée que l’on peut imaginer à partir de certains mangas est bien loin de notre triste réalité. Et Poison Control n’a pas peur de nous le montrer.

Et lorsque l’on se plonge dans les cinq derniers chapitres, le jeu nous met une bonne claque psychologique. Un peu comme un Evangelion, la réflexion sur le soi et l’impact du monde qui nous entoure montrent que le jeu est bien plus qu’un bon défouloir. Surtout quand ce défouloir vous arrache quelques larmes.

Je ne m’étalerai pas sur ces derniers éléments pour ne pas spoiler l’histoire. Mais encore une fois, il sont forts ces japonais pour nous présenter les tragédies et nous faire réfléchir.

Poison Control : des enfers infinis… ou pas

Là où le bât blesse c’est que votre objectif est d’atteindre un certain nombre de tickets obtenus en ayant purgé un nouvel enfer. Même s’il y a au final 26 chapitres dans le jeu, aucun enfer annexe n’existe. D’ailleurs, le jeu nous fait même prendre un raccourci scénaristique qui aurait permis d’ajouter cinq enfers supplémentaires.

De plus, ces enfers ont une durée de vie variant de 10 minutes à une demi-heure. Et pour les acharnés de l’exploration, on pourra atteindre une petite heure. Ce qui reste assez court.

Enfin, même si une boutique finira par pointer le bout de son nez, celle-ci ne contient qu’un seul objet. Objet qui coûte une fortune (relative) et que je vous conseille d’acheter avant la fin du jeu. Mais un seul objet tout de même.

Frustrant pour un jeu japonais alors qu’on y trouve habituellement des centaines d’objets de personnalisation inutiles mais indispensables.

carte poison control jeu de tir action rpg

Des graphismes simples mais expressifs

Un autre point habituel des jeux japonais c’est le vide des décors dans lesquels nous évoluons. Je ne vais pas vous le cacher, la diversité des décors n’est pas un point fort de Poison Control.

Et pourtant, vous serez surpris de voir que tous les enfers sont différents. On y retrouve des chemins et plateformes ayant les mêmes textures et de forme ou de taille similaires. Comme les blocs de séparation qu’il faudra détruire.

Mais si on y prête un peu attention, on découvre que les enfers des adolescents disposent de décors dans des écoles. Ceux des adultes sont plus proches de la nature avec des plantes ou des constructions. Les sentiments à découvrir sont représentés par des particules qui traversent l’écran. Dans le cas des amours et amitiés, il y a des cœurs qui volent. Dans le cas des traîtrises ou des pertes, on retrouve une pluie sombre ou des reflets aveuglants.

Et finalement, même s’il y a peu d’éléments graphiques, ils sont suffisants pour créer des mondes expressifs. Il y a rarement une ambiguïté entre le monde dans lequel on se trouve et la blessure de l’âme liée.

De l’action au-delà de la réflexion ?

Après avoir divergé sur l’aspect métaphysique du jeu, revenons à la base. Poison Control est un jeu de tir qui demande au joueur de gérer ses munitions et sa vie avec le poison à sa disposition. Les Kleshas peuvent apparaître en nombre déterminé ou à l’infini selon la zone dans laquelle vous vous trouvez.

Le stock de munitions à disposition est limité pour toutes les armes secondaires. Et bien entendu, votre arme principale sera toujours insuffisante pour vous débarrasser des adversaires même les plus basiques. Sauf lorsque vous aurez atteint un niveau assez élevé.

Pour résister, il faudra gérer la récupération de poison disponible au sol. Celui-ci est aussi en quantité limitée ou infinie selon la zone dans laquelle vous vous trouvez.

Et pour le récupérer, il faut envoyer Poisonette en traçant des sillons ou des zones à purger. Dans cet état, votre corps est abandonné aux Kleshas et Poisonette ne dispose pas d’arme pour se défendre.

niveau enfer poison control

Des combats stratégiques

Il faut donc gérer les combats en tenant compte des éléments suivants :

  • Votre objectif : tuer un nombre précis de Kleshas ou purger un pourcentage de poison de la surface de la zone
  • Les adversaires : certains Kleshas font passer les Gardiens de Zelda Breath of the Wild pour des enfants de chœur
  • Le poison disponible : le poison est le seul moyen de récupérer de la vie et des munitions, il doit être utilisé avec parcimonie. Mais il est aussi un bon moyen d’infliger des dégâts aux Kleshas lorsqu’ils sont sur les zones en cours de purge par Poisonette
  • Le temps de recharge de vos armes : en dehors du nombre de munitions limitées, chaque arme dispose d’un temps de recharge variable

Mais vous disposez tout de même d’une barre de vie qui pourra compter jusqu’à trois niveaux si vous accumulez assez de poison sans vous faire toucher. Et d’une radio qui produit un dôme électrique expulsant vos adversaires proches.

Même si cela peut paraître compliqué, la meilleure stratégie à appliquer reste de décharger toutes ses munitions sur les plus gros adversaires et de foncer dans le tas avec pour seul but d’atteindre l’objectif au plus vite.

En résumé, un bon gros défouloir comme je les aime.

Poison Control : des enfers à explorer

Vous l’aurez compris, j’ai adoré Poison Control. L’univers devient rapidement addictif et l’histoire connait de nombreux rebondissements (je n’ai pas parlé du second protagoniste, des autres Poisonnettes et du grand méchant idéaliste).

Le système de combat mêlant deux styles opposés fait parfaitement effet. Et le niveau de difficulté relativement bas (sauf pour les Kleshas chevaliers) rend le jeu accessible à tous.

Mes seuls regrets portent sur la longévité du jeu et les capacités de la Nintendo Switch. J’aurai aimé que ma console ne freeze pas lorsqu’il y a plus de huit Kleshas à l’écran ou dans la zone. Je me doutais que la plateforme n’assurerai pas le job mais je n’ai aucun doute quant à la version Playstation 4.

Et surtout, j’aurai aimé une boutique avec plus d’objets et des enfers supplémentaires afin de disposer de plus de terrains de jeu. Et si comme moi vous êtes pointilleux et purgez intégralement chaque niveau avant de le finir, il ne sera pas nécessaire d’y revenir. Votre niveau sera suffisant pour le boss final. Surtout si vous avez acheté le seul objet de la boutique.

Avec une trentaine d’heures de jeu au compteur, Poison Control se classe dans les action-RPG à ne pas louper. Et il me fait lancer, en plus d’un grand merci, un grand appel aux équipes de Nippon Ichi Software : à quand Poison Control 2 ou le préquel pour encore plus de plaisir ?

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